Dé/Re-construire

Il y a parfois des hasards qui font sérieusement croire aux synchronicités.

Hier matin, après la lecture sur un site libertin du texte d’une jeune femme, qui s’interrogeait sur ces fantasmes que beaucoup d’hommes utilisent en guise de tentative de séduction, j’avais commencé à écrire un texte qui partait dans tous les sens : déconstruction, masculinité toxique, féminisme, réinvention, … Bref trop de sujets et pas la bonne approche pour en parler. Je l’avais mis de côté, le temps de rassembler mes idées pour en faire quelque chose de plus clair.

Et puis une amie m’a contactée pour faire un live le soir même sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur, le consentement.
Pendant cet échange de plus d’une heure sur tout ce que cela impliquait, j’ai compris que je devais changer d’angle pour mon article.

Le consentement est défini comme « l’action de donner son accord à une action, à un projet ». On y ajoute souvent tacite « celui qui est supposé dans le cas où la volonté contraire n’est pas exprimée ».

Dans les rapports humains, on a je crois tendance à se référer plus à ce tacite qu’à attendre un accord clair et ferme : si tu ne dis pas non, c’est que tu dis oui.
Source de beaucoup de malentendus, de drames aussi.

En sexualité, nous n’avons pas l’habitude de chercher cet accord, le supposant, ou l’imaginant, l’espérant, et redoutons plutôt le Non. Mais c’est bien là la difficulté, car bien souvent, quand les choses sont bien avancées, dire non n’est pas évident. Combien se sont senti.e.s obligé.e.s pour x raisons de consentir à un acte sexuel alors qu’iels n’en avaient pas envie? Combien de femmes cèdent par une peur atavique des représailles? Combien d’hommes deviennent mécaniques parce qu’un homme ça ça bande ?

C’est là qu’intervient la notion de masculinité toxique.
Qu’on s’entende, cela ne veut pas dire que les hommes sont toxiques, mais plutôt que l’ensemble des constructions sociales, des comportements attendus selon le sexe, inculqués dès le plus jeune âge et ce depuis des millénaires, sont toxiques.
Il faudrait plutôt parler de société toxique en fait, car masculinité et féminité se définissent l’un par rapport à l’autre.
Cela impacte les hommes qui doivent être virils, conquérants, protecteurs, forts et toujours au garde à vous ; cela impacte les femmes qui doivent être douces, soumises, au service de leur mâle et prêtes à assumer leur devoir « conjugal ».

Les évènements de #meetoo on amorcé un changement radical et brutal des paradigme. Bien que toutes ces notions aient déjà été au cœur du mouvement féministe, c’est la médiatisation massive du cri de rage de ces femmes qui a agit comme un coup de pied dans la fourmilière.
Et depuis, c’est la panique.

La parole se libère, violente, viscérale, pleine de rage, de pleurs et de colères refoulées depuis bien trop longtemps. Les femmes osent enfin dire haut et fort qu’elles ont été violées, attaquées, rabaissées, utilisées.
Et ça fait mal.
On reste perplexe, on se dit qu’elles exagèrent, qu’elles avaient le choix, que « faut pas pousser quand même », qu’elles en ont profité aussi. Et puis que mine de rien, il y en a qui profitent pour se venger, il y a des menteuses. Et ce ne sont pas que les hommes qui pensent ainsi.

Les vieux schémas, toute notre éducation, la structure sociale qui nous maintient tant que bien que mal dans un équilibre fragile, tout cela nous pousse à refuser cette évidence qui touche à notre intégrité : les rapports humains tels qu’ils étaient ne fonctionnent plus, tout va être détruit si on accepte ces faits, et on le sait, la peur du changement est un puissant moteur de déni.

Et c’est humain.

Mais ce qui est humain aussi, c’est d’apprendre de ses erreurs pour ne pas les reproduire, c’est de chercher sans cesse à s’améliorer, c’est de reconnaître ses torts et de tenter de les réparer.

Un immense chantier s’est ouvert, et nous sommes au moment où il faut déconstruire tout ce qui est toxique, pour pouvoir au fur et à mesure reconstruire de façon plus saine, plus solide, plus belle.

Alors oui, nous sommes tou.te.s perdu.e.s. Ce qui était doit changer, on le sait, mais on ne sait pas encore comment, on ne sait même pas par où commencer.

Les hommes se plaignent de ne plus savoir comment aborder et séduire les femmes vu que le moindre faux pas peut les voir accuser de harcèlement ; les femmes ne savent pas comment séduire les hommes autrement que par le physique et une attitude aguicheuse.
Et puis entrent en jeux les questions de genre, qui rebattent les cartes d’une société construite sur la binarité mâle/femelle, base de la perpétuation de l’espèce.

Une marmite bouillonnante, explosive presque, qui va demander du temps pour se transmuer en un merveilleux élixir.

Il y a tant de sujets à traiter qu’on en a la tête qui tourne. C’est presque désespérant.
Mais comme pour tout changement, il faut commencer petit.

Apprendre à se connaître soi : une fois enlevées les couches de social, injonctions, habitudes, qui sommes nous? Que voulons nous? A quoi rêvons nous? Comment nous remettons nous en question?
Le développement personnel actuel semble être un outil arrivé à point nommé pour cette étape.

Une fois cela plus clair, il faut réapprendre à se connecter aux autres : savoir exprimer et écouter, respecter ses limites et celles de l’autre, savoir refuser ce qui ne nous convient pas, s’avoir le dire avec sincérité et bienveillance, et savoir accepter que l’on peut nous dire non sans nous sentir rejetés.
Des associations de sexualité positive se sont développées ces dernières années, conscientes que l’exploration de nouveaux modes de connexion est nécessaire.

Enfin au fur et à mesure de ce travail, les solutions apparaîtront, de nouveaux modes de fonctionnement plus respectueux et ouverts se définiront.

Vous me direz que c’est utopiste. Que la nature humaine est ainsi faite qu’il y aura toujours des conflits.

Peut être. Et peut être aussi que viser l’utopie nous permettra d’atteindre un équilibre plus juste et qui nous fait grandement défaut.
J’ose croire et espérer que l’impact de ces changements sera à terme bien plus important et positif que « simplement » pour les relations humaines.

Je terminerai par cette citation de Nietzsche, que vous invite à lire de façon plus approfondie :

Il faut que tu veuilles brûler dans ta propre flamme : comment voudrais tu redevenir neuf si tu n’es pas d’abord devenu cendre !

Friedrich NIETZSCHE – Ainsi parlait Zarathoustra

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